24 juin 2007
Croissance : après nous, le Déluge !
Jean-Luc Coudray est écrivain et auteur de bandes dessinées.
Il a été candidat du PARTI POUR LA DÉCROISSANCE aux élections législatives du 10 juin 2007 dans la 1ère circonscription de Gironde.
Ce parti, qui n’a, hélas, pas droit aux honneurs de la presse (contrairement à certains cimetières d’éléphants de gauche comme de droite) préconise, comme son nom l’indique clairement, la lutte contre l’idéologie dominante qui veut que le monde dans lequel nous vivons est voué à une croissance et à un développement sans limites.
Le PARTI POUR LA DÉCROISSANCE veut nous aider à réaliser que l’idée d’une croissance infinie est totalement irrationnelle et équivaut à une fuite éperdue en avant, droit dans le mur, avec le sentiment confus, sinon la conviction, que la science pourvoira aux problèmes.
C’est bien entendu un phantasme et, sans douter des bienfaits de la science et des progrès qu’elle a permis jusqu’à présent, c’est également, d’une certaine façon, une manière de dire "Après moi, le Déluge".
Les premières solutions proposées par le PARTI POUR LA DÉCROISSANCE ne sont pourtant en rien révolutionnaires, elles sont pires : elles dérangent car il s’agit ni plus ni moins que de commencer par appliquer les lois, en particulier européennes*.
Il s’agit ensuite -et là c’est "Mission Impossible Le Retour de la Vengeance" avec Kärcher Ier au pouvoir- de re-concevoir le système législatif actuel, au service des lobbies agricoles et industriels** (Vivendi est le leader mondial du traitement de l’eau).
Ce qui a retenu mon attention dans le discours de Jean-Luc Coudray et qui justifie cette note, c’est la référence à un livre co-écrit par Henrik Wenzel, Michael Hauschild et Leo Alting : "Environmental Assessment of Products : Methodology, Tools and Case Studies in Product Development" (Évaluation Environnementale de Produits : Méthodologie, Outils et Études de Cas dans le Développement de Produits).
Cet ouvrage est issu du projet Environmental Design of Industrial Products (EDIP) organisé par l'Université Technique du Danemark et cinq grandes sociétés danoises et patronné par la Danish Environmental Protection Agency (EPA) et la Confédération des Industries danoises.
Il s’agissait (si j’ai bien compris) de proposer aux entreprises de nouveaux outils de prise de décisions qui permettent aux industriels et aux scientifiques d’entreprendre l’évaluation du cycle de vie (life-cycle assessment -LCA) de nouveaux produits, depuis leur conception jusqu’à leur développement.
Certaines méthodes existent déjà et sont scientifiquement reconnues, comme la méthode MIPS (Material Input Per Service Unit) ou l’ACV (Analyse de Cycle de Vie).
En effet, l’évaluation de l’impact environnemental d’un produit répond à des enjeux majeurs :
Par exemple,
- commercialement, elle permet aux entreprises de valoriser la conception de produits plus écologiques ou l’utilisation de procédés écologiquement plus "propres",
- elle est également un outil stratégique permettant de réagir rapidement à des modifications de règlementation (interdiction des produits contenant un composé chimique particulier) ou d’anticiper les effets de tensions sur le marché des matières premières (flambée du prix des matières plastiques d’origine pétrochimique, augmentation du prix de l’acier...).
Mais bon, tout cela est très technique et assez obscur pour les non initiés (dont je fais partie).
Ce qui est surtout frappant pour le profane, ce sont les chiffres tirés de cette étude et cités par Jean-Luc Coudray.
Selon les informations disponibles à ce jour, et en tenant compte de la consommation actuelle, notre planète Terre ne dispose plus que de
- 40 à 60 ans de pétrole,
- 70 ans de gaz naturel,
- 60 ans d’uranium,
- 20 ans de zinc,
- 36 ans de cuivre,
- 20 ans de plomb,
- 50 ans de nickel.
Cela signifie qu’avant la fin du siècle TOUTES les ressources naturelles "stratégiques" seront épuisées.
D’autre part, on sait également que 70% des ressources naturelles sont consommées par seulement 30% de la population mondiale et que 30% des ressources naturelles ont été consommées ces 30 dernières années.
Les autres chiffres fournis par Jean-Luc Coudray sont assez effarants :
- En 1961, les Hommes exploitaient 70% de la capacité biologique renouvelable
de la planète. Aujourd’hui nous en sommes à 120%, ce qui signifie que notre écosystème
planétaire s’est réduit de 12% en seulement 30 ans !
- Le rapport entre les revenus des plus riches et des classes moyennes est passé
de 50 à 2400 en 30 ans !
- Depuis 1980, le chômage a crû de 50 % alors que le PIB a crû de 156 %.
- Jean-Luc COUDRAY a obtenu 0,72 % des suffrages (365 voix) aux dans la 1ère circonscription de Gironde (3,01 % des suffrages, soit 1 528 voix pour le FN, ce qui donne une idée des priorités de nos concitoyens).
- Je m’en fous, quand la terre entière ressemblera à un terrain vague pollué, stérile et absolument inapte à toute forme de vie, je ne serais plus là (et la grande majorité de ceux qui me font l’honneur de lire ces lignes non plus, d’ailleurs).
*[Depuis 20 ans, la France est en infraction dans le domaine des taux de nitrates dans l’eau en Bretagne (c’en est même caricatural).
La Commission européenne a menacé en mars 2007 de demander à la justice communautaire d’imposer une lourde amende (une somme forfaitaire supérieure à 28 millions d’euros et une astreinte journalière de 117.882 euros) contre la France pour l’obliger à mettre en oeuvre un plan d’action ; mais le gouvernement français a réussi à obtenir un sursis.
A
noter cependant qu’en 2001, une première condamnation avait déjà frappé
la France pour 37 points de captage hors normes dans des rivières de
Bretagne servant de source d'eau potable.]
**[Les nitrates qui contaminent, les sources, fontaines, rivières et nappes en Bretagne ont amené les collectivités locales à faire supporter aux usagers consommateurs et aux contribuables les coûts externes de cette pollution en :
- abandonnant un grand nombre de captages d’eau souterraine trop pollués et en concentrant l’approvisionnement en eau potable à partir d’un nombre restreint (L’Elorn, L’Aber Wrac’h, l’Horn, …),
- en effectuant l’interconnexion des réseaux, ce qui permet de multiplier les mélanges d’eau et de diluer la pollution,
- en favorisant des installations de traitement sophistiquées et onéreuses : la Bretagne est la championne d’Europe de la dénitratation, et l’eau du robinet en Bretagne est une des plus chères de France.








